13/03/2010

Jean Ferrat

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Jean Ferrat, dès ses débuts, orientera son inspiration dans deux directions : l'engagement social et la poésie. Il ne chante pas pour passer le temps, déclare-t-il. Toujours, il cherchera à donner à ses chansons une signification militante derrière le texte populaire. Ferrat a mis en musique de nombreux poèmes de Louis Aragon.

Ma Môme (1960)

Ma môme, elle joue pas les starlettes,

Elle met pas des lunettes, de soleil.

Elle pose pas pour les magazines,

Elle travaille en usine, à Créteil.

 

Il évoque, à une époque où cela était encore dérangeant, la déportation. Sa chanson sera déconseillée de passage sur les radios, mais le public suivra, et l'album Nuit et brouillard obtiendra le prix de l'Académie Charles-Cros.

Nuit et brouillard (1963)

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers,

Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés,

Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants,

Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent.

et surtout ces vers qui firent en leur temps couler beaucoup d'encre :

Je twisterais les mots s'il fallait les twister,

Pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiez.

 

Il chante l'Ardèche, région chère à son cœur et fait de cet hommage à la France paysanne un de ses plus grands succès. Il s'installe à Antraigues-sur-Volane, qu'il ne quittera plus, y devenant même plus tard conseiller municipal.

La Montagne (1964)

Ils quittent un à un le pays, pour s'en aller gagner leur vie,

Loin de la terre où ils sont nés. Depuis longtemps qu'ils en rêvaient,

De la ville et de ses secrets, du formica et du ciné.

 

Il a toujours été proche des idées du parti communiste français mais jamais encarté et reste cependant critique envers l'URSS.

Camarade (1970)

C'est un nom terrible, camarade

C'est un nom terrible à dire

Quand, le temps d'une mascarade,

Il ne fait plus que frémir

Que venez-vous faire, camarade

Que venez-vous faire ici

Ce fut à cinq heures dans Prague

Que le mois d'août s'obscurcit

 

Comme et avec son ami Georges Coulonges, il y préfère la révolte des humbles, des simples gens, encore une fois, il est interdit de télévision.

Potemkine (1965)

M'en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un monde

Qui chante au fond de moi au bruit de l'océan

M'en voudrez-vous beaucoup si la révolte gronde

Dans ce nom que je dis au vent des quatre vents

Ma mémoire chante en sourdine : Potemkine.

Ils étaient des marins, durs à la discipline

Ils étaient des marins, ils étaient des guerriers.

Et le cœur d'un marin, au grand vent se burine

Ils étaient des marins sur un grand cuirassé

Après un voyage à Cuba qui le marque profondément et d'où il rapportera ses célèbres moustaches, c'est Mai 68 et ses événements qu'il vivra intensément.

Jean Ferrat retourne à sa passion pour la poésie; il met en musique Louis Aragon d'une façon magistrale, redonnant à la poésie une popularité perdue.

Que serais-je sans toi (1965)

Que serais-je sans toi, qui vins à ma rencontre,

Que serais-je sans toi, qu'un cœur au bois dormant.

Que cette heure arrêtée au cadran de la montre,

Que serais-je sans toi, que ce balbutiement.

 

Dans les années 1970, Jean Ferrat se fait plus rare, chaque nouvel album est un véritable événement et ses chansons sont commentées comme de véritables prises de position intellectuelle. Il affectionne les chansons qui font passer des messages forts tout en reposant sur un texte subtil et imagé au point d’en devenir parfois allégorique :

Et pour l’exemple (1971)

On l'a cloué

Et sa misère

Sur un mur blanc au grand soleil

Un clou au cœur

Et pour l'exemple

Il a saigné sur le soleil

Dans le ciel blanc

Les oiseaux noirs

Chantent sa mort

...

Vous ne voyez

Que son espoir

Sur le soleil

Que votre espoir

Au grand soleil

 

Durant ces années-là Ferrat fustige les guerres coloniales dans Un air de liberté, attaquant nommément Jean d'Ormesson et suscite encore la polémique.


Un air de liberté (1975)

Ah monsieur d'Ormesson,

Vous osez déclarer

Qu'un air de liberté

Flottait sur Saïgon

Avant que cette ville s'appelle Ville Ho-Chi-Minh.

 

Il est encore une fois en phase avec son temps, rappelant la proximité entre deux importants combats révolutionnaires : la lutte sociale et la lutte féministe en plein essor.

La femme est l'avenir de l'homme (1975)

Le poète a toujours raison, Qui voit plus haut que l'horizon

Et le futur est son royaume. Face à notre génération

Je déclare avec Aragon, la femme est l'avenir de l'homme.

 

Il entreprend le réenregistrement de tous ses titres et sort une compilation de 11 volumes en 1980. Le nouvel album qu'il sort alors fait sensation et reflète le recul de plus en plus grand qu'il prend vis-à-vis du parti communiste de l'URSS. Néanmoins, il reste toujours fidèle au parti communiste français, qu'il avait rejoint dans sa jeunesse.

Et pour le plaisir, écoutons "Aimer à en perdre la raison"

Aimer à perdre la raison
Aimer à n'en savoir que dire
A n'avoir que toi d'horizon
Et ne connaître de saisons
Que par la douleur du partir
Aimer à perdre la raison

Ah c'est toujours toi que l'on blesse
C'est toujours ton miroir brisé
Mon pauvre bonheur, ma faiblesse
Toi qu'on insulte et qu'on délaisse
Dans toute chair martyrisée

Aimer à perdre la raison
Aimer à n'en savoir que dire
A n'avoir que toi d'horizon
Et ne connaître de saisons
Que par la douleur du partir
Aimer à perdre la raison

La faim, la fatigue et le froid
Toutes les misères du monde
C'est par mon amour que j'y crois
En elle je porte ma croix
Et de leurs nuits ma nuit se fonde

Aimer à perdre la raison
Aimer à n'en savoir que dire
A n'avoir que toi d'horizon
Et ne connaître de saisons
Que par la douleur du partir
Aimer à perdre la raison

 

 

 

 

 

27/07/2009

"Que serais-je sans toi" de Guillaume Musso

 

Musso - Que serais-je sans toi

 

 

 

 

Gabrielle a deux hommes dans sa vie. L’un est son père, l’autre est son premier amour. L’un est un grand flic, l’autre est un célèbre voleur. Ils ont disparu depuis longtemps, laissant un vide immense dans son cœur. Le même jour, à la même heure, ils surgissent pour bouleverser sa vie. Ils se connaissent, ils se détestent, ils se sont lancés un défi mortel. Gabrielle refuse de choisir entre les deux, elle voudrait les préserver, les rapprocher, les aimer ensemble. Mais il y a des duels dont l’issue inéluctable est la mort. Sauf si…