08/10/2011

Le Nobel du poète suédois Tomas Tranströmer

 

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Après Wislawa Szymborska, couronnée en 1996, la poésie est de nouveau saluée par les jurés du Nobel, qui viennent de décerner leur prix au Suédois Tomas Tranströmer. Né en 1931, psychologue de formation, traduit en cinquante cinq langues, il a été considéré dès les années 1960 comme l'une des voix les plus novatrices de la poésie scandinave, ce qui lui a valu de très nombreuses distinctions, dont le Prix Pétrarque en Allemagne et bien d'autres lauriers entre les USA, les Balkans, la Chine et le Japon. En France c'est Le Castor Astral qui a publié les recueils du nouveau Nobel, et ils ont ensuite été rassemblés sous un titre unique, Baltiques, dans la collection Poésie/Gallimard. 

 

 

 

Il y a vingt ans, Tranströmer a été frappé par une hémiplégie et il reste aujourd'hui reclus dans son appartement de Stockholm: à la soirée d'hommage qui lui fut consacrée en 2004 au Centre Culturel Suédois, où il s'était rendu malgré son handicap, il ne put que jouer du piano, de sa main valide. Quant à sa poésie, jaillissement du réel dans le miroir de la subjectivité, elle se nourrit de la métaphysique occidentale, de la tradition japonaise du haïku -un art d'aller à l'essentiel- et des grandes oeuvres classiques qui interrogent le temps, la précarité de notre condition, la mort, la mémoire. A cette thématique, Tranströmer ajoute de multiples allusions à son intimité, son goût pour la musique et les voyages, la botanique et l'entomologie, entre autres. 

 

 

 

 

 

"Comme la musique intérieure et celle des compositeurs, la poésie semble être le lieu privilégié où l'espace et le temps se télescopent pour luire un instant dans une irrémédiable épiphanie" a écrit Jacques Outin, le traducteur de Tranströmer. Lequel -dans son livre autobiographique, Les souvenirs m'observent- compare sa vie à une comète dont le noyau lumineux, celui de l'enfance, éclaire toute son oeuvre, une oeuvre à la fois très intériorisée et ouverte sur son époque, "afin de déchiffrer le palimpseste du monde". Et ce qui frappe chez ce "mystique cherchant dans l'obscurité les signes d'un ordre suprême", c'est la précision de son regard - une sorte d'objectif de caméra - et la puissance de ses images, autant de flashs qui électrisent la réalité pour donner à voir l'invisible. Les vers de Tranströmer sont donc autant de tableaux, avec la profondeur d'un Rembrandt, afin de "regarder au fond du poème comme on regarde au fond d'un puits pour en retirer des visions qui semblent arrachées au néant." 

 

 

 

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Extraits de « Baltique »

 

COHESION

 

 

 

« Voyez cet arbre gris. Le ciel a pénétré

 

par ses fibres jusque dans le sol -

 

il ne reste qu'un nuage ridé quand

 

la terre a fini de boire. L'espace dérobé

 

se tord dans les tresses des racines, s'entortille

 

en verdure. - De courts instants

 

de liberté viennent éclore dans nos corps, tourbillonnent

 

dans le sang des Parques et plus loin encore. »

 

 

 

 

 

« A deux heures du matin : clair de lune. Le train s’est arrêté
au milieu de la plaine. Au loin, les points de lumière d’une ville
qui scintillent froidement aux confins du regard.

 

C’est comme quand un homme va si loin dans le rêve
qu’il n’arrive à se souvenir qu’il y a demeuré
lorsqu’il retourne dans sa chambre.

 

Et comme quand quelqu’un va si loin dans la maladie
que l’essence des jours se mue en étincelles, essaim
insignifiant et froid aux confins du regard.

 

Le train est parfaitement immobile.
Deux heures : un clair de lune intense. Et de rares étoiles. »