03/11/2011

Le Bolchoï a retrouvé sa grandeur

 

Bolchoï, Moscou

 

 

 

C'est l'histoire d'une fierté nationale. Comme tout symbole de grandeur, il a été boudé, bafoué, maltraité et a failli disparaître, mais c'est pour mieux renaître, plus flamboyant qu'il n'a jamais été. Le Bolchoï - qui signifie « grand » - a ainsi connu depuis deux siècles une alternance de moments de gloire et de descentes aux abîmes. Mais cette 236e saison sera la plus magnifique de toutes, avec un théâtre entièrement rénové, agrandi et embelli.

 

 

 

Bolchoï, Moscou

 

 

Effervescence à tous les étages en prévision de l'inauguration, le 28 octobre 2011, par les sommités de l'Etat. Car, comme l'Ermitage de Saint-Pétersbourg, le Bolchoï dépend directement de la présidence de la Russie. D'où le coup de poing sur la table de Dmitri Medvedev à propos des travaux pharaoniques lancés il y a six ans et qui n'en finissaient pas. Un chantier ponctué de scandales, de dessous-de-table, de discussions et de drames, sur lequel près de 3000 ouvriers et artisans ont travaillé.

 

 

 

Bolchoï, Moscou

 

 

Ainsi le nouveau Bolchoï se retrouve-t-il doté de deux scènes, la principale, historique, et une nouvelle, plus petite, qui a rendu de bons et loyaux services quand les travaux s'éternisaient. Toutes les machineries, l'électronique, l'électricité ont été changées, mais plus encore, c'est la structure du bâtiment qui a été refaite de fond en comble. Car ce temple de la danse et de l'opéra menaçait de rompre. Les piliers en bois qui le soutenaient avaient été plantés dans une zone marécageuse. Une humidité qui, comme à Venise, renforce la dureté du bois. Mais, à la suite d'une décision étatique, la rivière alimentant cette zone a été détournée. Les terres se sont asséchées et les piliers se sont abîmés. De nouveaux soutiens de 26 mètres s'enfoncent désormais dans le sol pour le conforter. Voici donc le théâtre enfin stabilisé qui, sur son fronton, a retrouvé l'aigle à deux têtes, emblème de la Russie !

 

 

 

Bolchoï, Moscou

 

 

Avec ses 2700 employés, qui bientôt seront 3100, dont près d'un millier de danseurs, de chanteurs et de musiciens, le Bolchoï est une énorme machine. Le plus grand opéra d'Europe, à cette différence près qu'ici, c'est la tradition de la danse qui prime avant l'opéra, alors qu'en Europe occidentale, l'art lyrique l'emporte toujours sur l'art chorégraphique.

 

 

 

Bolchoï, Moscou

 

 

L'engouement pour la danse est sans limite et d'ailleurs, les places pour le ballet sont plus chères que celles pour l'opéra. C'est donc en raison de cette tradition que la scène de la salle historique du Bolchoï a été conçue pour avoir deux sols très différents. Un pour l'opéra, plus solide, plus lourd, et qui permet de supporter des décors importants, et un autre pour le ballet, une scène en bois, inclinée, plus souple, pour aider les danseurs dans leurs sauts. Ajoutez à cela une salle de répétition aux dimensions identiques à celles de la scène, logée sous la toiture, une petite salle modulable de 300 places qui a trouvé à se loger au sixième sous-sol, entre les piliers de soutènement, et vous avez une idée des nouvelles dimensions de ce bâtiment.

 

 

 

Autour de la place des théâtres, le Bolchoï a étendu son empire. A sa création, en 1776, la compagnie fit bâtir un lieu privé, car Catherine II avait offert au procureur l'exclusivité de l'organisation de spectacles à condition qu'il construise un bâtiment ad hoc. Depuis, le Bolchoï, devenu royal après l'incendie de 1805 qui détruisit l'infrastructure, puis national sous l'ère communiste, n'en finit pas de représenter la Russie. Depuis les tsars, qui peut-être l'ont choyé ou détesté, lui préférant toujours le Mariinski de Saint-Pétersbourg, jusqu'à Staline, qui assistait à toutes les premières et lui a donné un statut particulier, octroyant aux artistes salaires et avantages typiques de l'URSS, alliant appartements, clinique particulière et jardin d'enfants.

 

 

 

Quand on entre dans le bâtiment historique, on reste pourtant sans voix. Un mois avant l'ouverture, des milliers d'ouvriers et d'artisans se pressaient encore, mais la magnificence est partout. Dans les stucs recouverts à la feuille d'or comme dans les encadrements de miroirs, dans les rideaux de la loge du tsar comme dans ceux de la loge d'avant-scène, d'un velours rouge profond orné de passementerie en or qui contraste avec le rouge plus tendre des autres loges, recouvertes de damassé de soie. Et puis il y a surtout le rideau de scène, qui a été entièrement repris à la main au fil d'or. L'acoustique a été intégralement repensée, pour revenir aux fondamentaux d'origine qui étaient parfaits. Tous les errements des années 50 et 60 ont été gommés, comme ce béton qui avait été honteusement rajouté sous le plancher des fauteuils d'orchestre. Les murs de séparation des loges, qui avaient été rafistolés avec du bois, sont à nouveau en papier mâché.

 

 

 

Bolchoï, Moscou

 

 

La salle principale ne fait plus que 1 700 places (à titre de comparaison, l'Opéra Garnier compte 1 900 places et Bastille 2700). L’or y est omniprésent : cinq kilos d’or massif en feuilles, répartis depuis les balcons jusqu’au gigantesque lustre de cristal étincelant. Pour la restauration des dorures, une ancienne technique a été utilisée : la base est composée de blancs d’œuf, laissés au chaud pendant quarante jours ; se succèdent ensuite sept couches de peinture d’or véritable ; le polissage final se fait à la vodka. Les temps ont bien changé, avec d'énormes productions qui nécessitent beaucoup de moyens et de personnel. La page des années de disette qui ont suivi la perestroïka, où les danseurs avaient à peine de quoi manger et ne pouvaient même plus se payer de chaussons, est définitivement tournée. Le programme des mois à venir est époustouflant. Comme cet hommage à Roland Petit le 28 décembre, ou l'invitation adressée au ballet de l'Opéra de Paris en 2013. Et puis ce sera, comme pour le bâtiment, le retour aux fondamentaux, comme La Belle au bois dormant. Même si le prince qui a réveillé le Bolchoï endormi avait un atout supplémentaire dans sa besace: 20 milliards de roubles, soit 500 millions d'euros ! Pour que la danse brille à nouveau.

 

 

 

19:00 Écrit par Boubayul dans Actualité, Culture(s), Spectacle | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bolchoï, moscou |  Facebook |

12/07/2011

450ème anniversaire de la Cathédrale Saint Basile à Moscou

 

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La cathédrale de l'Intercession-de-la-Vierge, appelée également cathédrale Basile-le-Bienheureux ou Saint-Basile, construite en 1554, se trouve sur la place Rouge à Moscou, et est aujourd'hui le symbole de l'architecture traditionnelle russe.

 

A l'est de la tour du Sauveur (Tour Spasskaïa), sur la voie qui descend vers la Moskova, sur une terrasse artificielle ovale, se dresse l'un des chefs-d'œuvre de l'architecture moscovite : l'église de l'Intercession-de-la-Vierge-sur-le-Fossé, plus connue sous le nom de Basile le Bienheureux.

 

 

 

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C'est pour célébrer la prise de Kazan par les troupes russes que le tsar Ivan IV ordonna la construction d'un édifice qui, à l'origine, devait être entouré de sept chapelles consacrées chacune au saint dont la fête correspondait aux évènements les plus marquants du siège.
Après la victoire de 1552, une église en bois est élevée sur la place du marché, près du Kremlin et, en 1555-1560, elle est remplacée par une église en brique construite par un architecte de Pskov, Postnik Yakovlev, surnommé le « faiseur de villes », et Jacques Baram. Comme le dit la Chronique brève, «contrairement aux ordres reçus », ils conçurent l'église selon leur propre conception de la symétrie. Les travaux durèrent cent vingt-cinq ans et l'édifice connut de nombreux remaniements : les escaliers furent couverts, les paliers surmontés de toits pointus, les bulbes ornés de motifs saillants. Un neuvième oratoire fut élevé sur la tombe d'un fol en Christ, le bienheureux Basile dont le nom s'imposa à toute l'église.

 


En 1680, sur ordre du tsar Fédor III et du patriarche Ioakim, on détruisit toutes les vieilles églises en bois délabrées qui se trouvaient sur la place Rouge mais on installa de nouvelles chapelles (jusqu'à vingt) autour de l'église de l'Intercession. C'est alors qu'elle fut peinte et couverte de décors de fer et de tuiles tels que nous les voyons aujourd'hui. Avec le temps, une grande partie des chapelles disparut et, en 1783, il n'en restait plus que onze. En septembre 1918, le doyen de l'Église fut fusillé, les biens confisqués, toutes les cloches refondues et l'Église fermée. Dans les années 1930, Lazare Kaganovitch proposa de démolir l'église de l'Intercession pour dégager la place afin de faciliter la circulation automobile sur la place Rouge.

 


L'église de l'Intercession est aujourd'hui connue sous le nom de Basile-le-Bienheureux. Ce dernier était un Fol-en-Christ né, selon la tradition, en 1469. Il se rallia vers l'âge de seize ans à cette forme de spiritualité très provocatrice. Toute sa vie, il vécut nu et d'aumônes. Après sa mort, survenue en 1552, il fut inhumé à côté de l'église de l'Intercession et on édifia en 1588 sur sa tombe une chapelle où venaient prier tous ceux qui sollicitaient la protection du défunt.
Avec le temps, sa gloire et sa sainteté éclipsèrent le souvenir de la prise de Kazan ; l'église de l'Intercession fut dès lors de plus en plus souvent désignée sous le nom de Basile-le-Bienheureux. Le tsar Fédor Ier plaça au-dessus des reliques du corps du saint une châsse d'argent pur couverte de dorures et de soieries sur laquelle fut représenté saint Basile, dans une broderie de pierres précieuses et de perles. Les Polonais pillèrent la châsse au début du XVIIe siècle.

 


Aujourd'hui, l'église est devenue un musée mais un office religieux y est célébré chaque année, le 14 octobre selon l'ancien calendrier (1er octobre dans le nouveau calendrier) en souvenir de la prise de Kazan par Ivan le Terrible.

 

 

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La cathédrale est ornée de neuf coupoles principales, chacune se distinguant des autres par une forme et des couleurs propres. Le bâtiment lui-même est essentiellement construit en brique rouge, souvent apparente. À l’origine l’église était entièrement blanche et ses coupoles dorées, mais les travaux de reconstruction aux XVIe et XVIIe siècles ont modifié son apparence.

 

La cathédrale est orientée à angle droit par rapport à l'axe de la Place rouge, ce qui lui donne une apparence asymétrique, voire chaotique sur les photos. Vue depuis l'ouest, on remarque toutefois la symétrie de la construction, qui se retrouve aussi à l'intérieur. L'église principale de forme carrée est surmontée par un octogone se rétrécissant vers le haut et couronné par une coupole dorée. Quatre tours moyennes de forme octogonale entourent l'église principale dans la direction des quatre points cardinaux. Les quatre petites tours sont carrées et intercalées entre les tours moyennes, donnant au bâtiment une forme d'étoile à huit branches.

 

La cathédrale est en fait composée de neuf églises séparées, chacune ornée d'une tour. Les huit chapelles annexes symbolisent huit batailles lors de la prise du Khanat de Kazan.

 

 

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