14/11/2011

Amin Maalouf immortel!

 

Amin Maalouf, Académie française, Littérature, Léon l'Africain, Samarcande,

 

 

 

«Celui qui vient d’une autre société doit commencer par assimiler ce qui existe déjà: l’histoire, la langue, les symboles de reconnaissance, le mode d’existence, les valeurs essentielles telles que la laïcité, ensuite seulement il a le droit et même, dirais-je, le devoir d’apporter sa contribution, d’imprimer sa marque.»

 

 

 

Amin Maalouf

 

 

 

Un feu d’artifice dans un ciel littéraire parisien structuré par le formalisme et les consensus mous. Pour la seconde fois, l’Académie française vient de désigner un heureux immortel, en l’occurrence, un autre Arabe. Après Assia Djebar, c’est le cas cette fois, d’Amin Maalouf, romancier de talent. Les immortels montrent une nouvelle fois leur souhait de voir sous la Coupole, des écrivains d’origine étrangère après avoir élu en 1996 Hector Bianciotti né en Argentine, en 2002, François Cheng né en Chine. Ce qui ne gâte rien l’écrivain Yasmina Khadra reçoit le prix de Littérature de la même vénérable institution. C’est à ces signes que l’on reprend espoir à savoir que les Académiciens dans leur ensemble sont en règle générale insensibles au discours ambiant politicien qui aurait fait par exemple qu’un Arabe aussi brillant soit-il, n’a aucune chance de faire l’objet d’un consensus pour son élection comme cela est arrivé à Amin Maalouf, élu avec 17 voix sur 24.

 

 

 

 

Amin Maalouf, Académie française, Littérature, Léon l'Africain, Samarcande,

 

 

 

Né le 25 février 1949 à Beyrouth, dans une famille chrétienne, Amin Maalouf est l’auteur de sept romans, de livrets d’opéra et de plusieurs essais, dont Les Identités meurtrières, paru en 1998, où il menait une réflexion sur les notions d’identité et d’appartenance, en corrélation avec la langue. Originaire de multiples patries, de cœur et d’hérédité, le Libanais francophone Amin Maalouf a obtenu, jeudi 23 juin 2011, la reconnaissance de ses pairs écrivains dans son pays d’adoption. Après le prix Goncourt et plusieurs récompenses littéraires, il est reçu à l’Académie française. En octobre 2010, il avait reçu le prix Prince des Asturies pour les lettres, récompense la plus prestigieuse en Espagne, dotée de 50.000 euros, et en mars dernier il avait été le seul écrivain français sélectionné pour le Man International Booker Prize.

 

 

Amin Maalouf, Académie française, Littérature, Léon l'Africain, Samarcande,

 

L’œuvre de celui que l’on a parfois surnommé «Monsieur Tolérance» s’intéresse au rapprochement des civilisations, au thème de l’exil et de l’identité. L’écrivain franco-libanais est élu au fauteuil de Claude Lévi-Strauss. Il a fait du rapprochement des civilisations et des confessions la pierre angulaire de son œuvre.

 

 

Amin Maalouf, Académie française, Littérature, Léon l'Africain, Samarcande,

 

Dans son dernier essai, Amin Maalouf, connu pour avoir publié, entre autres, Léon l´Africain, Samarcande, Les Identités meurtrières, décrit le «dérèglement du monde» Pour lui, le dérèglement du monde tient moins à la guerre des civilisations «qu’à l´épuisement simultané des civilisations, l’humanité ayant atteint en quelque sorte son «seuil d’incompétence morale». A l’âge des clivages idéologiques qui suscitait le débat, succède celui des clivages identitaires, où il n’y a plus de débat. Islam et Occident : les deux discours ont leur cohérence théorique, mais chacun, dans la pratique, trahit ses propres idéaux. Pour Amine Maalouf, l’Occident «est infidèle à ses propres valeurs», ce qui le disqualifie auprès des peuples qu’il prétend acculturer à la démocratie. Sa tentation: préserver par la supériorité militaire ce que ne lui assure plus sa supériorité économique ni son autorité morale.

 

 

Amin Maalouf se penche au chevet de deux ensembles culturels qu’il chérit également, analysant d’un côté la perte des valeurs, de l’autre l’indigence morale qui frappe le Monde arabe.

 

07/11/2011

Le Fantôme du Fauteuil 32 de Nathalie Rheims

 

Le Fantôme du Fauteuil 32, Nathalie Rheims, Littérature, Livre, Académie française

 

 

 

Une malédiction pèse sur le fauteuil 32 de l’Académie française. Cet énigmatique mauvais sort, vérifié par de nombreux historiens depuis l’origine, fut le sujet, en 1910, d’un roman fameux : Le Fauteuil hanté. Son auteur, le feuilletoniste Gaston Leroux, avait résolu l’énigme et en avait dissimulé les clefs dans son manuscrit.

 

 Le destin voulut que Maurice Rheims, titulaire du fauteuil 32 de 1976 à 2003, devienne l’expert de la succession Leroux. Il reçut, pour rémunération de son travail, le mystérieux manuscrit.

 

Au moment de mourir, il transmit à sa fille le précieux document pour l’aider à exécuter sa dernière volonté : que jamais personne ne s’assoie sur son fauteuil.

 

Si elle parvenait à accomplir cette mission, malgré le déchaînement des ambitions et les sombres tractations des candidats, son père pourrait goûter à la vraie immortalité, celle des fantômes.

 

 Dans son treizième roman, Le Fantôme du fauteuil 32, Nathalie Rheims tourne une page. C’est avec une légèreté, un humour, une ironie mêlés de tendresse qu’elle fait revivre tous ceux qui entouraient son père afin qu’il n’attende plus que son éloge soit enfin prononcé.

 

 

 

Le Fantôme du Fauteuil 32, Nathalie Rheims, Littérature, Livre, Académie française

 

 

Dans la réalité de l’Académie française : Le fauteuil de Maurice Rheims est resté vide pendant plusieurs années. Robbe-Grillet ne l'a pas occupé et Weyergans a tardé à s'y asseoir.

 

Maurice Rheims peut enfin jouir de son immortalité et prendre de longues vacances dans son paradis corse. Mais un funeste destin s'est acharné contre lui. Cela faisait huit ans qu'il était  enfermé sous la Coupole, où il attendait, en vain, d'être relevé. Pour être élargi, il suffisait que son successeur fît son éloge et vînt s'asseoir dans son fauteuil.

 

Seulement voilà: personne ne se présentait, et le commissaire-priseur commençait à prendre froid. L'auteur de «La Vie étrange des objets» se demandait si son fauteuil, le 32e, ne serait pas maudit. Son prédécesseur, Robert Aron, ne mourut-il pas la veille de son intronisation?

 

Celui qui aurait dû le remplacer s'était bien moqué de lui, et de la Compagnie. Elu en 2004, Alain Robbe-Grillet n'avait en effet jamais prononcé son discours de réception et il avait refusé de porter l'habit vert, qu'il jugeait peu seyant, lui préférant le col roulé. Il est mort d'une crise cardiaque, en 2008, obligeant du même coup le pauvre Maurice Rheims à guetter un nouvel impétrant. Et ce fut, en 2009, François Weyergans.

 

On se souvient de la manière dont l'auteur du «Pitre» prit d'assaut le quai de Conti: avec un somptueux stylo à plume offert par Jean-Luc Delarue, célèbre tireur de lignes, l'écrivain adressa de longues lettres flagorneuses à tous les académiciens. Le procédé inédit fonctionna, et Weyergans fut élu au 32e fauteuil.

 

Maurice Rheims pouvait-il enfin respirer? Rien de moins sûr. Car pour occuper ce satané fauteuil, il fallait encore que François Weyergans fût reçu sous la Coupole après avoir chanté les louanges de son prédécesseur. Et cela sai plus de deux ans qu'Hélène Carrère d'Encausse attendait, en pestant, cet improbable discours.

 

Il est vrai qu'on doit au plus gascon des romanciers belges, expert en procrastination et spécialiste des leurres, beaucoup de livres promis jamais remis, et des ouvrages publiés à l'arraché - il fallut près de dix ans aux Editions Grasset pour mettre la main sur «Trois Jours chez ma mère», prix Goncourt 2005.

 

Mme le secrétaire perpétuel, qui n'avait toujours pas digéré l'épisode Robbe-Grillet, a trouvé dans les archives de l'Académie un article stipulant que le nouvel élu avait deux ans, pas davantage, pour se plier au protocole de la réception. Et elle a fixé à François Weyergans une date, au-delà de laquelle son ticket ne serait plus valable: le 16 juin 2011.

 

Ce jour-là, dans un habit vert réalisé par Agnès b. et portant l'épée que lui a léguée Maurice Béjart, l'auteur du «Radeau de la Méduse» devait, pendant quarante-cinq minutes, célébrer celui des «Greniers de Sienne». Mais la rumeur prétendait qu'il n'avait pas encore rédigé une ligne de ce panégyrique. Jamais l'indolente Académie n'avait connu plus palpitant suspense. Le jour même, l’Assemblée dût encore attendre une demi-heure pour entendre le discours tant attendu. Le fauteuil 32 est aujourd’hui occupé.

 

18/01/2011

L'esprit de Jean Dutourd est parti voltiger vers d'autres cieux...

 

1232852_photo-1295305119239-2-0.jpg

 

 

Jean Dutourd est né à Paris, le 14 janvier 1920. Sa mère mourut quand il avait sept ans. À vingt ans, il fut mobilisé et fait prisonnier au bout de quinze jours de guerre. Il s'évada six semaines plus tard, revint à Paris et passa une licence de philosophie à la Sorbonne. Licence incomplète, car il ne parvint jamais à décrocher le certificat de psychologie. Il se maria en 1942 avec Camille Lemercier. Le philosophe Gaston Bachelard fut son témoin. Ensuite de quoi il entra dans la Résistance. Arrêté au début de 1944, il s'évada à temps pour participer à la libération de Paris.

Son premier ouvrage, « Le Complexe de César », parut en 1946 et obtint le prix Stendhal. En 1950, il eut le prix Courteline pour Une tête de chien et, en 1952, le prix Interallié pour « Au bon beurre », scènes de la vie sous l'Occupation. Le prix Prince Pierre de Monaco lui fut décerné, en 1961, pour l'ensemble de son œuvre. En 2001, alors qu'il pensait avoir de beaucoup passé l'âge des récompenses, il reçut le prix Saint-Simon pour Jeannot, mémoires d'un enfant.

Le 14 juillet 1978, une bombe fit sauter son appartement, déposée par des gens qui n'aimaient pas son style. Les intellectuels parisiens en éprouvèrent quelque dépit, n'ayant pas, généralement, causé autant de bruit avec leurs écrits. Cet incident néanmoins eut une heureuse conséquence : Jean Dutourd fut élu à l'Académie française, au fauteuil de Jacques Rueff, le 30 novembre de la même année (31e fauteuil).

Il put constater par la suite combien Voltaire voyait juste en affirmant que cette Compagnie «est toujours une espèce de rempart contre les fanatiques et les fripons».

Jean Dutourd est décédé ce 17 janvier 2011 à Paris.

 

Retenons quelques-unes de ses citations :

 

«Faire parler un homme politique sur ses projets et son programme, c’est comme demander à un garçon de restaurant si le menu est bon.»

 

«Les voyages, comme les belles femmes, sont faits pour les hommes sans imagination.»

 

«La marque distinctive du XXe siècle est l’encombrement, la prolifération des objets, c’est-à-dire l’hégémonie de la matière.»

 

 

 

 

17:24 Écrit par Boubayul dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : jean dutourd, academie francaise |  Facebook |

15/04/2009

La fin d'un grand homme : Maurice Druon

 

mauricedruon300

 

Auteur du « Chant des partisans » et des « Rois maudits », écrivain particulièrement fécond, ministre des Affaires culturelles en 1973-74, l'académicien Maurice Druon est décédé mardi 14 avril 2009 à Paris, à l'âge de 90 ans.

Né le 23 avril 1918 à Paris, d'un père russe originaire d'Orenbourg dans l'Oural, il avait été élu à l'Académie française en 1966 à 48 ans. Il avait reçu le Prix Goncourt en 1948 pour son ouvrage « Les Grandes Familles ». Auteur du « Chant des partisans » avec son oncle Joseph Kessel, Maurice Druon avait également publié la monumentale fresque « Les Rois maudits »", dans laquelle il évoquait la décadence des derniers Capétiens.

Maurice Druon avait été élu secrétaire perpétuel de l'Académie française en 1985, une fonction de laquelle il avait démissionné en 1999 pour se consacrer à l'écriture.

Maurice Druon a consacré une grande partie de sa vie et sa carrière à la défense de la langue française, en tant qu'écrivain, député, ministre et académicien. Son oeuvre est notamment marquée par la trilogie « La Fin des hommes » (« Les Grandes Familles » (1948), « La Chute des corps » (1950), « Rendez-vous aux enfers » (1951)), et par « Les Rois maudits », devenus une série télévisée très populaire.

A 90 ans, Maurice Druon était le doyen d'élection de l'Académie française, le doyen d'âge étant Claude Lévi-Strauss, qui a fêté ses 100 ans en 2008.

 

 

 

 

 

 

13112

http://les-rois-maudits.france2.fr/

 

 

27/03/2009

François Weyergans immortel!

François Weyergans

 


L'écrivain belge François Weyergans, auteur d'une dizaine de romans et récits autobiographiques, a été élu le 26 mars 2009 à l'Académie française au 3è tour de scrutin.

Né en 1941 à Bruxelles, François Weyergans a obtenu le Prix Goncourt en 2005 pour « Trois jours chez ma mère ». Depuis son premier roman, « Le pitre », il a publié une dizaine de livres et reçu de nombreuses récompenses. Il est notamment l'auteur de « Macaire le copte » (1981), « La démence du boxeur » Prix Renaudot en 1992, et « Franz et François » (1997).

François Weyergans a été élu au 3è tour de scrutin au fauteuil de l'écrivain et commissaire-priseur Maurice Rheims, avec 12 voix sur 24 votants, contre 6 à Didier Van Cauwelaert, 2 à François Taillandier, 2 à Catherine Hermary-Vieille, une à Renaud Camus et un bulletin blanc.

Egalement cinéaste, François Weyergans est l'auteur d'une dizaine de films - documentaires, portraits, courts métrages -, dont un consacré au chorégraphe Maurice Béjart, dont il était proche.

Neuf candidats étaient en lice jeudi, trois d'entre eux n'obtenant aucune voix à aucun des trois tours. Egalement en course, le cinéaste Pascal Thomas a obtenu pour sa part deux voix au 1er tour, puis une, mais aucune au troisième.

Après l'élection de François Weyergans, la totalité des 40 fauteuils que compte l'Académie française sont pourvus, pour la première fois depuis 2006.