10/06/2011

Claude Léveillée a rejoint "Frédéric"

 

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Claude Léveillée est et restera sans contredit l'un des plus grands de la chanson québécoise et même de la chanson française. Il s'est éteint paisiblement le 9 juin 2011. Il continue de marquer notre imaginaire avec des titres comme Frédéric, La légende du cheval blanc, Taxi, Soir d'hiver, Les vieux pianos, Emmène-moi au bout du monde, Le rendez-vous et La scène, pour n'en nommer que quelques-uns.

 

  

Depuis le milieu des années cinquante et malgré les caprices de ses divers cycles de création, Claude Léveillée mène de front les carrières de musicien, de comédien et d'auteur compositeur interprète. Au moment même où ses premières mélodies peuvent être entendues d'un public clairsemé, il trouve son premier vrai succès savamment déguisé en clown sur les ondes de la télévision nationale: le personnage de Cloclo fait les délices de milliers d'enfants pendant les saisons 1957-1959.

 

 

 

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Parallèlement à ce rôle très médiatisé, Claude partage avec deux autres chansonniers débutants, Hervé Brousseau et Jean-Pierre Ferland, le projet de doter Montréal d'une nouvelle boîte où leurs créations pourraient se faire entendre à loisir. Ils sont vite rejoints par Clémence Desrochers, Raymond Lévesque qui rentre justement de Paris, et le pianiste André Gagnon puis donnent à leur rendez-vous le nom de Chez Bozo, en hommage à la chanson d'un de leurs principaux modèles, Félix Leclerc.

 



Pour Claude, l'expérience sera de courte durée. Un jour de juin 1959, de passage au Québec, Édith Piaf entre Chez Bozo et, après avoir entendu le jeune pianiste, lui propose de l'accompagner en France. Ce premier séjour européen sera pour lui une école des plus efficaces. En une dizaine de mois, il compose ses premiers chefs-d'oeuvre tels "Boulevard du crime" et Le vieux piano" puis s'attaque à un projet de comédie ballet en compagnie de Michel Rivgauche intitulé "La Voix" qui ne verra finalement le jour que cinq ans plus tard.

 



À son retour, en 1961, il fait la connaissance de Gilles Vigneault et amorce une intense collaboration avec le poète de Natashquan. Sur son premier album Léveillée enregistre "Le rendez-vous", premier fruit de cette rencontre, ressort son texte original de "Les vieux pianos" que Piaf avait fait modifier, et s'impose comme un des artisans majeurs du mouvement chansonniers qui marque alors le Québec. L'année suivante, en 1963, ce sont six autres textes de Vigneault qu'on retrouve sur le nouvel album de Léveillée: "L'hiver", "Comme guitare" et quatre autres poèmes mis en musique y côtoient les futurs succès du chanteur pianiste: "Taxi" et surtout l'inoubliable "Frédéric" son classique instantané. Sur cette lancée, le voici en vedette à la Place des Arts au mois d'avril 1964, une première pour un artiste québécois.

 

 

 

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Tout au long des années soixante, il partage de plus en plus ses soirées entre les nouvelles salles de spectacle accessibles à un plus grand public et les innombrables boîtes où la chanson continue de se glisser à l'oreille des étudiants en pleine effervescence. Pendant ses spectacles en salle, il partager la scène avec André Gagnon, autre prodige du clavier avec qui il grave les deux albums "Léveillée-Gagnon" et "Une voix, deux pianos", ce dernier avec la participation vocale de Nicole Perrier. En 1969, sa chanson "Pour les amants" connaît un double succès, soit sa propre version chantée et l'adaptation instrumentale par Gagnon.

 



La réputation de Claude Léveillée déborde rapidement les frontières du Québec. D'abord la France, d'où il ramène deux albums intitulés "Claude Léveillée à Paris", puis les États-Unis où il se rend participer au Ed Sullivan Show en 1966, et l'U.R.S.S. où il effectue des tournées en 1968 et 1973.

 



Toujours concerné par la création théâtrale, il compose la musique de nombreux téléthéâtres dont plusieurs pièces de Marcel Dubé, la plus connue étant Un simple soldat en 1967, ainsi que des revues musicales coécrites avec Louis-Georges Carrier, notamment Ne ratez pas l'espion et Elle tournera la terre. En plus de contribuer de ses compositions musicales, Claude Léveillée joue lui-même dans certaines de ces pièces et participe au film La Ligne de démarcation de Claude Chabrol, en 1966.

 



Le tournant de la décennie soixante-dix est marqué d'un nouvel élan pour les divers aspects de la carrière de Claude Léveillée. Alors qu'il domine les palmarès avec "L'étoile d'Amérique" et l'album du même nom, on retrouve son nom au générique de nouveaux téléthéâtres comme Des souris et des hommes ou de films comme Quelques arpents de neige et Les beaux dimanches (la pièce). Son deuxième voyage en Union Soviétique est suivi d'une tournée en Europe et en Asie centrale. Pendant son absence, sa voix et sa musique demeurent présentes grâce aux chansons "Pour quelques arpents de neige", "La froide Afrique" et "Les amoureux de l'an 2000". En 1975, il collabore avec le poète Claude Péloquin pour la chanson titre de l'album "On remonte en amour" qui contient aussi la chanson "Ce soir, si on s'aimait".

 



Claude Léveillée est l'un des cinq grands qui sont de l'édition 1976 de la Fête nationale à Montréal, avec les Vigneault, Ferland, Charlebois et Deschamps et dont la performance collective fait l'objet de l'album "Une fois cinq". La même année, il présente une série de spectacles avec Félix Leclerc au Théâtre de l'Île d'Orléans qui sont également rappelés à notre souvenir par le document "Léveillée/Leclerc - Le temps d'une saison".

 

 

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Plusieurs de ses compositions instrumentales sont créées à l'occasion d'événements d'envergure: les Jeux Olympiques de Montréal en 1976, le 370ième anniversaire de la ville de Québec en 1978, les commémorations historiques acadiennes "Le Rassemblement" et "Ce rêve qui ne finira jamais" l'année suivante. On en retrouve la trace sur les albums "Black Sun" et "Escale 84".



 

 

 

 

  
En 1988 il tient un rôle secondaire dans le film Jésus de Montréal de Denys Arcand, puis se remet à la préparation d'un nouvel album, le premier en sept ans. "Enfin revivre" paraît en 1989. En 1990, le cinéaste Jean-Claude Labrecque tourne un documentaire intitulé 67 bis boulevard Lannes qui rappelle son passage dans l'équipe Piaf à la fin des années cinquante. L'animateur radio Daniel Guérard publie à peu près au même moment un essai biographique qui résume le parcours de l'artiste: Claude Léveillée, aux trapèzes des étoiles.

 



Cette parenthèse musicale fait à nouveau place au métier de comédien alors qu'il incarne le personnage d'Émile Rousseau, un magnat de la presse que les téléspectateurs aimeront haïr, pendant deux saisons de la série Scoop au début des années quatre-vingt-dix. À peu près au même moment, il participe aussi à un thriller fort convaincant mais malheureusement méconnu: Meurtre en musique. Puis, constatant que la plupart de ses enregistrements musicaux ont été éliminés du marché suite à l'arrivée du nouveau format de disque audionumérique, il entreprend la réédition - et parfois le réenregistrement - de ses chansons sous le titre "Mes années 60", 70, et 80.

 
 
À la fin des années quatre-vingt-dix, c'est le chanteur qui reprend goût à la scène. On le voit notamment en spectacle au Festival d'été de Québec, en juillet 1998. D'autres disques compacts sont aussi mis en marché: réédition d'enregistrements de la décennie soixante sur un coffret de la série Émergence, ainsi que les albums "Rêves inachevés" et "Un homme, un piano" où on découvre ou redécouvre de savoureuses versions de plusieurs classiques. Lors de la 3e édition de l'émission Star Académie, édition québécoise, sa chanson "L'étoile d'Amérique" est choisie comme thème de la saison.

 
 
Un des compositeurs les plus prolifiques de sa génération, Claude Léveillée a également composé pour la scène, le cinéma et la télévision. Pionnier du genre, il a signé la musique de plusieurs comédies musicales.

 

  

Il a écrit la musique des séries télévisées "Les fils de la liberté" (SRC, 1981) et "Scoop" (SRC, 1991-1995) ainsi que les musiques d'enchainement de la chronique artistique "Bon dimanche" (TVA, 1988). Il a mis en musique les contes Le dict de l'aigle et du castor de Gilles Vigneault (1972) ainsi que La légende du petit ours gris et Le journal d'un chien de Félix Leclerc (1979).

 


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00:25 Écrit par Boubayul dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : claude léveillée, frédéric, québec |  Facebook |

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