13/02/2010

L'autre Dumas

 

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Petit-fils d'une esclave noire de Saint-Domingue, fils d'un général métis, le grand romancier populaire Alexandre Dumas se fit traiter de nègre par des journalistes qui ne partageaient pas ses idéaux républicains et fustigèrent son visage « bronzé », sa tignasse crépue.

 

Mais s'il y eut du nègre chez ce colosse au « langage de ruelle » et au prurit séducteur, c'est chez « l'autre », celui qui, de 1844 à 1851, participa à l'écriture de ses pièces et de ses romans, et lui fit un procès en 1858 pour en revendiquer la paternité.

 

Jeune romantique révolté comme lui, écrivain peu estimé, Auguste Maquet fut en effet le nègre de Dumas, le coauteur des « Trois Mousquetaires », du « Comte de Monte-Cristo », de « La Reine Margot »... Professeur d'histoire, fouilleur d'archives, Maquet fut enrôlé comme documentaliste, débroussailleur d'intrigues. Dumas lui demanda de trouver des trames historiques à exploiter. Notant sous la dictée les idées du patron, il écrivait un premier jet des textes dont Dumas peaufinait la facture, en lui donnant du style.

 

C'est en remaniant une pièce de Cyril Gely et Eric Rouquette « Signé Dumas » que Safy Nebbou a retracé la collaboration étroite et l'affrontement entre l'écrivain anonyme et son mentor.

 

Comme l'indique le titre du film, et en dépit de l'abattage d'un Gérard Depardieu convaincant en Dumas avec sa tignasse bouclée, le héros en est ce méconnu Maquet, dont Benoît Poelvoorde dramatise discrètement la honte et la fatalité de rester un second couteau, éternel homme invisible.

 

C'est une comédie sur les masques et les faux-semblants, un vaudeville dont la première méprise résulte d'un échange de chambres dans une auberge de Trouville. Pris pour Dumas par une jeune fille dont il tombe amoureux, Maquet se prend à rêver d'être vu autrement que comme un Sganarelle, « un petit fonctionnaire » et usurpe l'identité du grand écrivain révolutionnaire. Lui, le monarchiste pépère, se lance dans une imposture condamnée d'avance, entraînant une cascade de quiproquos.

 

Safy Nebbou filme le drame intérieur du gratte-papier victime de sa fiction comme un feuilleton avec la distance auto-ironique requise. Conjugués au féminin pluriel, les personnages secondaires offrent un contrepoint réaliste aux appétits fantasmatiques des deux scribes.

 

 

 

 

 

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