27/07/2007

Pharaons noirs sur la piste des quarante jours

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Pour les Egyptiens, le Soudan était le pays d'au-delà des cataractes du Nil, pays de cocagne où transitaient les richesses de l'Afrique : or, plumes d'autruche, ébène, ivoire, encens... L'histoire du Soudan, prolongement de la haute Nubie, s'est développée parallèlement à celle de l'Egypte en liaison, en complémentarité ou en opposition avec celle-ci suivant les époques.

Même si la voie fluviale était la plus aisée pour relier l'actuelle Khartoum à la haute Égypte, les obstacles que constituaient les cataractes du Nil ont très tôt amené les hommes à établir une route caravanière qui, à travers le désert, permettait d'effectuer cette liaison en quarante jours.

 

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Nous trouvons développée toute l'évolution des civilisations qui se sont succédé dans cette région comprise entre le confluent des deux Nil et la deuxième cataracte. Après une période néolithique brillante, marquée par la présence d'une céramique originale au décor ondulé, qui fut certainement le point d'origine de ce qui allait devenir la culture égyptienne, le puissant royaume de Kerma tira sa richesse de l'or du désert oriental aussi bien que de l'élevage et du commerce nilotique. Les Égyptiens rêvaient de ce fabuleux "pays de Koush" et plusieurs expéditions commerciales en rapportèrent de merveilleuses richesses. Autour de la montagne sacrée du Djebel Barkal, la cité de Napata acquérait tant de puissance que les princes de Kermah purent profiter de la faiblesse de la XIIIe dynastie pour razzier la moyenne Égypte puis engager des transactions commerciales avec les Hyksos. Mais, sous le nouvel Empire, Thoutmosis III finit par annexer la région du Djebel Barkal, considéré comme le "siège d'Amon". Les temples se multiplièrent, où se conjuguèrent la dévotion rendue aux dieux de l'Égypte et la magie opératoire dont les racines plongeaient dans la tradition africaine. Le grand pharaon Aménophis III fera édifier les sanctuaires de Soleb et de Sedeinga et Napata sera même le point de départ de la conquête de l'Égypte par le "pharaon noir" Taharqa au VIIIe siècle avant J.-C. Mais après l'invasion assyrienne, les destins du Soudan et de l'Égypte se séparèrent. Chassés par Psammétique II, les souverains koushites abandonnèrent leur capitale pour s'installer en amont, à Méroé, qui reste aujourd'hui le site le plus impressionnant du Soudan. Allié aux nomades Blemmyes, Méroé allait même inquiéter l'Égypte romaine mais, écrasé par les légions, le royaume allait se replier sur ses traditions africaines avant de retrouver le contact avec le monde méditerranéen par le truchement des missionnaires chrétiens qui reçurent au Soudan un accueil enthousiaste comme en témoignent les fresques qui décoraient les églises de la région de Dongola. Malgré les fréquents assauts des musulmans qui dominèrent ensuite l'Égypte, le royaume chrétien se maintint jusqu'au XVe siècle. Des oeuvres significatives illustreront le mélange des influences et l'originalité de l'art du Soudan, tout au long de ses cinq millénaires d'histoire, jusqu'aux caravanes contemporaines qui empruntent encore la "piste des quarante jours".

 

 

 
Au Musée de Mariemont jusqu'au 2 septembre 2007.
 

22:48 Écrit par Boubayul dans Culture(s) | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pharaons noirs, musee de mariemont |  Facebook |

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